Franck YONBOUE PUBLIE LE RAPPORT SUR L’EMPLOYABILITE DES JEUNES, EGALITE DES CHANCES, LE DEFI DE LA SOCIETE FRANCAISE: RAPPORT DE L’ASSOCIATION ARJID POUR L’EMPLOI DES JEUNES ET L’EGALITE DES CHANCES

EMPLOYABILITE DES JEUNES, EGALITE DES CHANCES, LE DEFI DE LA SOCIETE FRANCAISE: RAPPORT DE L’ASSOCIATION ARJID POUR L’EMPLOI DES JEUNES ET L’EGALITE DES CHANCES

association ARJID

 

 

Introduction

A) – Les Jeunes, et l’égalité des chances

  a)Les jeunes en échec de parcours scolaire

    1) Les pistes d’études

   b) Les jeunes diplômés et la question de l’égalité des chances

      1) L’égalité des chances

      2)Le jeune diplômé

B) Les politiques de l’emploi

 

   a) Le chômage des jeunes

 

      1) une génération sacrifiée 

 

       2) Un enchevêtrement de mesures inefficaces

    b) L’exemple de l’inefficacité d’une mesure 

       1) Le Civis, mission et résultats

       2) Les missions locales

     c) Des résultats très mitigés

 

C) Un système éducatif en panne

 

      a) Un marché du travail vulnérable pour les jeunes

 

      b) Les pistes d’études

D) La fuite vers l’étranger des jeunes diplômés

 

      a) L’interview d’un diplômé de Sciences-Po 2011

 

 

 

 

 

 

Notre vrai défi aujourd’hui est de prendre par la main tous les jeunes tout au long de leurs parcours jusqu’à leur entrée dans la vie active. Il s’agit de leur apprendre à s’organiser et de permettre à des jeunes de côtoyer d’autres univers  pour rompre ce qu’ils appellent eux-mêmes le « syndrome du périphérique ». La peur d’aller à la rencontre d’un monde qu’ils ne connaissent pas ou qui est mal expliqué et dont les contours ne sont pas faits pour eux (l’entreprise). Il faut faire évoluer l’entreprise car chaque jeune qui s’en sort est une victoire pour nous mais aussi un cercle vertueux pour notre pays.

 

Introduction

Aujourd’hui face à une montée du chômage sans précèdent notamment des jeunes, les entreprises doivent organiser un nouveau système pour augmenter l’employabilité des jeunes via des dispositifs nouveau encouragés par l’État pour éviter une situation de boomerang à terme.

A) – Les Jeunes, et l’égalité des chances

Si le chômage des jeunes est une question préoccupante, l’égalité des chances reste encore aujourd’hui en France un concept à imposer: discrimination à l’embauche ou victimes des préjugés, manque de réseau relationnel, accès à des emplois sous qualifiés malgré des diplômes élevés.

 

Les jeunes et en majorité ceux issus de l’immigration peinent à s’intégrer professionnellement. Pourtant leurs compétences sont nombreuses et leur volonté d’entreprendre illimitée. Aujourd’hui il existe destutorats d’entreprises, des interventions d’avocats ou d’entrepreneurs dans les collèges, des conventions d’éducation prioritaire, les classes d’excellences pour permettre aux élèves de quartiers défavorisés d’intégrer des grandes écoles mais leurs impacts restent limités ou pas assez ciblés.

   a)Les jeunes en échec de parcours scolaire

 

  1. Les pistes d’études

 

Un jeune qui serait en situation d’échec doit se faire immédiatement orienter ou être suivi par un service spécialisé au sein du PIJ (point information jeunesse). Ce service au sein du PIJ doit être en étroite collaboration avec une structure spécialisé chez pôle emploi. Ce service au sein du PIJ travaillera en étroite collaboration avec la conseillère d’orientation du collège ou du lycée.

 

Ces deux services sur le sigle SUO (service unique d’orientation) doivent proposer en étroite collaboration avec le jeune et sa famille l’orientation scolaire et ou professionnelle adaptée.

 

 

 

  • Si orientation scolaire, alors suivi trimestrielle par le SUO sur une période d’un à deux ans.

  • Si orientation professionnelle, alors mise en place d’un emploi d’accompagnement financé par l’Etat. Cet emploi d’accompagnement sera une formation de pré-embauche sur une période d’un à deux ans sanctionné par un diplôme classique. Sur cet angle intervient le plan de formation des entreprises, AFPA. Le but de ce suivi est de permettre une meilleure orientation sur le plan académique ou une intégration sur le marché du travail.

     b) Les jeunes diplômés et la question de l’égalité des chances

 

1) l’égalité des chances

 

À diplôme égal, les candidatures des jeunes issus de quartiers populaires sont rejetées 4 fois sur 5 et les emplois qu’on leur propose restent en deçà de leur niveau de compétence. Les jeunes, même surdiplômés, restent confrontés à la douloureuse question des préjugés et de la différence. Aujourd’hui il est nécessaire de travailler avec les services de ressources humaines des entreprises pour démontrer que la diversité génère de la richesse et faire évoluer les mentalités vers un esprit d’ouverture. L’association ARJID pour l’emploi des jeunes et l’égalité des chances oeuvrent dans ce sens pour sensibiliser les entreprises.

 

2) Le jeune diplômé

 

Les solutions passent par la mise en place des actions sur mesure et adaptés aux problématiques et à la culture de chaque entreprise. Il faut repérer les candidats au sein même des quartiers et les accompagner dans leur recherche d’emploi grâce à un réseau de professionnels (grâce aux structure existante) et ou bénévoles. La mise en place des ateliers individuels ou collectifs pour leur permettre d’améliorer leur présentation, les aider à convaincre ou leur transmettre les codes de l’entreprise.

L’intégration professionnelle du jeune passe aussi par le soutien à la création et le développement de projets. En effet les jeunes ont besoin d’être accompagnés pour rendre leurs projets possibles, réalistes, et pour bénéficier d’une aide technique et humaine. Ils ont du mal à identifier les structures qui pourraient les soutenir d’où l’importance d’aller à leur rencontre et de les aider à définir leurs besoins (accès aux financements, mise en réseau, connaissance de la réglementation).

Aujourd’hui par exemple « Jeunes entrepreneurs de France » travaille sur ce type de projet mais son impact reste limité et pas assez tourné vers les gens qui ont besoin.

 

B) Les politiques de l’emploi

 

a)Le chômage des jeunes

 

1) une génération sacrifiée
Les jeunes sont les premières victimes du chômage, le constat est connu et récurrent. Il y’a aujourd’hui trente ans de politiques pour l’emploi qui n’ont rien fait : le chômage des 18-25 ans se maintient au-dessus de 20 %, ce qui place la France au 23e rang sur 30 au sein des pays de l’OCDE. Quant à leur taux d’emploi, il tourne autour de 30 % «  chiffre OCDE 2009 ».

Lorsque Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives, parle de « génération sacrifiée », le terme est donc à prendre avec beaucoup de sérieux. Parmi les explications, l’OCDE cite la rigidité du marché du travail, la « névrose typiquement française » du diplôme initial et, surtout, l’instabilité chronique des politiques en faveur des jeunes. L’enquête que j’ai menée au regard des différentes politiques de l’emploi existant montre que de nombreuses mesures sont prises chaque année sans souci d’efficacité ou de cohérence globale.

 

2) Un enchevêtrement de mesures inefficaces

 

Jusqu’au début des années 1980, les jeunes ne faisaient l’objet d’aucune statistique distincte, ni de mesures spécifiques de la politique de l’emploi. Mais depuis trente ans, les dispositifs se multiplient et se superposent à une vitesse vertigineuse. Dans son rapport « Des emplois pour les jeunes », l’OCDE en compte plus de quatre-vingts différents et note qu’ils n’ont produit aucune amélioration de l’emploi. La question de la pertinence et de la cohérence globale des mesures mérite donc d’être posée (TIC, TUC, Trace, Pacte, CUI, Civis). Un dispositif se substitue ou s’ajoute aux autres avant même d’avoir pu être évalué et les jeunes les plus défavorisés passent souvent d’un dispositif à un autre, sans jamais parvenir à s’insérer durablement dans le marché de l’emploi.

On distingue plusieurs structures d’accueil: les missions locales qui constituent la pierre angulaire de l’aide à l’insertion professionnelle des jeunes, de nombreux organismes publics et parapublics également en charge du problème (Les CIDJ, CRIJ, CDIJ, PIJ, PLIE, antennes jeunes, maisons de l’emploi et associations subventionnées s’ajoutent au Pôle Emploi avec lequel ils co-traitent).

 

Cette multiplication de structure montre qu’il est  difficile de s’y retrouver. En effet, les structures d’aide à l’insertion professionnelle des jeunes ont suivi depuis trente ans un développement intense mais entièrement bureaucratique.

 

b) L’exemple de l’inefficacité d’une mesure

 

1) Le Civis, mission et résultats

 

Créé en 2005, le Civis vise à accompagner vers un emploi durable les jeunes de 16 à 25 ans rencontrant des difficultés particulières d’insertion. Il consiste pour l’essentiel en un suivi personnalisé et une aide financière de 300 € par mois, dans la limite de 900 € par an. Pour un coût estimé à 60 millions d’euros par an. le Civis affiche des résultats mitigés. Sur les 484 000 jeunes entrés en Civis entre avril 2005 et décembre 2008 (année de référence 2008), 8 % ont accédé à un CDI, 6 % à un CDD et 5 % à une alternance ou un contrat aidé. Les autres ont été reconduits dans leur contrat ou sont redevenus chômeurs ou inactifs. Des résultats bien minces, surtout au regard du public concerné : 23 % des jeunes entrés en Civis sont bacheliers ou ont atteint la classe de terminale et 20 % sont titulaires d’un CAP ou d’un BEP.

2) Les missions locales

 

L’engrenage débute en 1982, date de création des premières missions locales. Il est inspirée des conclusions du rapport Schwartz commandé par François Mitterrand, leur objectif est noble : destinées aux jeunes de 16 à 24 ans sans qualification et sortis du système scolaire, elles les accompagnent vers l’emploi en adoptant une « approche globale ». En fait, la nouveauté est d’aider les jeunes les plus défavorisés à résoudre leurs problèmes de la vie quotidienne (logement, santé) pour leur permettre ensuite d’accéder à l’emploi. Elles prennent le plus souvent la forme d’une association créée par la commune et présidée par un élu. Il existe aujourd’hui 484 missions locales. Elles sont dotées de plus de 10 000 agents pour un budget de fonctionnement de près de 500 millions d’euros par an.

Concrètement, le jeune qui pousse la porte d’une mission locale est accueilli par un « aide informateur documentaliste ». Ce dernier l’oriente vers un conseiller qui deviendra son référent unique. Il participe à des ateliers collectifs de recherche d’emploi, de rédaction de CV et de lettre de motivation. S’il n’est pas apte à travailler en groupe, il peut bénéficier d’une aide individualisée. Des formations rémunérées lui sont proposées dans les domaines qu’il souhaite approfondir. La finalité reste l’insertion professionnelle, mais certains sont en grande difficulté. Ainsi, certaines missions locales ont considérablement étendu leur champ de compétences et proposent des ateliers de « relooking », de « savoir-vivre » ou de « savoir-être » dans le but d’augmenter l’employabilité des jeunes qu’elles suivent.

 

Ces derniers ont donc, toutes les raisons d’être satisfaits. Ils sont pris en charge et aidés dans toutes leurs démarches. Malheureusement, malgré un maillage serré et l’importance des moyens, les résultats ne sont pas au rendez-vous car toutes ces mesures ne sont pas forcement ciblés et viables.

 

c) Des résultats très mitigés

 

Le CNML  se félicite dans son rapport annuel des résultats obtenus par les missions locales. Sur le million de jeunes reçus en entretien en 2008, 29 % auraient obtenu un emploi « classique » et 19 % une formation. Seulement, à y regarder de plus près, on s’aperçoit que les emplois sont extrêmement précaires : ils sont le plus souvent à durée déterminée (40 %), en intérim (28 %) ou saisonniers (12 %). Seuls 18 % sont des CDI, le plus souvent des emplois déguisés en stage, comme l’explique Hadjija une habitante de Bondy que l’association ARJID a interrogé et qui est suivi par la mission locale depuis près de deux ans : « Après avoir fait des gardes d’enfants, je travaille en cuisine à la caisse des écoles, 20 heures par semaine pour 600 euros par mois. Je ne suis pas payée pendant les vacances scolaires et c’est un contrat stage. La plupart des jeunes qui sont avec moi ne sont en réalité pas suivis régulièrement : un sur deux n’est pas venu plus de deux fois dans l’année ».

Marie conseillère emploi reconnaît qu’il est « impossible de dire combien de jeunes sont véritablement tirés d’affaire grâce à l’action des missions locales ».

 

C) Un système éducatif en panne

 

La réussite de l’insertion professionnelle en France dépend dans une large mesure de l’obtention, après une trajectoire scolaire linéaire, d’un diplôme sélectif. Les jeunes qui dévient de ce parcours connaissent souvent de longues périodes de précarité et ont « un risque élevé d’emprunter une trajectoire d’éloignement durable du marché du travail et même de pauvreté », note le rapport de l’OCDE. En 2008, 18 % d’une génération a quitté l’école sans avoir obtenu le baccalauréat et 9 % des jeunes de 17 ans n’étaient plus scolarisés. Lors de la journée d’appel de la préparation à la défense (JAPD), pendant laquelle tous les jeunes de 17 ans passent des tests de détection de l’illettrisme, 12 % sont identifiés comme ayant des difficultés de lecture. Ces jeunes, du fait de leur faible maîtrise des savoirs de base, risquent de s’inscrire durablement dans une trajectoire d’exclusion, d’où la nécessité d’offrir à chacun une seconde chance en matière de qualification. La formation professionnelle continue reproduit et creuse les inégalités initiales. En effet, le rapport de l’OCDE montre que le taux d’accès à ces formations est trois fois plus élevé pour les diplômés de l’enseignement supérieur que pour les non-qualifiés.

« Magali, 22 ans habitante de Paris,a son premier contact avec la mission locale en 2006, après avoir abandonné son BEP carrières sanitaires et sociales. Elle est rapidement orientée vers une formation d’auxiliaire puéricultrice en alternance, car elle souhaite « travailler avec les enfants ». Malheureusement, cette formation ne débouche pas sur un emploi et elle décide donc de terminer son BEP. Elle le complète par un bac pro services, puis retourne à la mission locale, en quête d’un emploi ou d’une formation. Mais on ne lui propose que des cours d’anglais et c’est pourquoi elle décide de s’inscrire en première année d’université. En juin 2009. Magali a abandonné l’université et sort d’un rendez-vous à la mission locale, trois ans après son premier contact. Malheureusement, rien à lui proposer pour le moment. Elle se retrouve à la case départ ».

 

L’échec de la politique de l’emploi des jeunes est avant tout celui de notre système d’éducation, dont l’entreprise est la grande absente. L’apprentissage est « dévalorisé », les stages et l’alternance « peu développés » au sein de l’Éducation nationale. Le processus d’orientation des élèves est vécu négativement en France et cela explique sans doute que la France compte 450 000 apprentis contre 1,6 million en Allemagne.

 

a) Un marché du travail vulnérable pour les jeunes

 

Le cumul études-emploi est peu développé par conséquent les jeunes qui ont peu d’expériences par définition se trouvent pénaliser par les entreprises. Le cumul études-emploi ne concerne que 10 % des étudiants en France contre 30 % en Allemagne et la quasi-totalité en Norvège. Outre le fait qu’il permette aux étudiants d’être autonomes financièrement, ce contact « précoce » avec l’entreprise est ensuite fortement valorisé par les employeurs. Les stages presque inexistants à l’université sont essentiels dans la construction d’un parcours professionnel, même si les dernières réformes des universités (2009) préconisent les stages dès la licence (BAC+3ans). Le mélange d’emploi et étude permet de gagner en expérience et de rencontrer des employeurs potentiels. La sortie du système scolaire sans n’avoir eu aucun contact avec l’entreprise est pénalisante.

 

b) Les pistes d’études

 

La plupart des dispositifs imaginés depuis trente ans est un échec car ignore la racine des problèmes. Il faut faire entrer l’entreprise dans l’école et l’université par le développement de l’apprentissage, de l’alternance et des stages. Cela permettra de mieux articuler orientation scolaire et orientation professionnelle, tout en sensibilisant les jeunes à la diversité des métiers de l’entreprise. Il faut également concentrer la formation professionnelle continue sur les moins qualifiés, de manière à leur accorder une seconde chance. Notre marché du travail qui fonctionne à deux, voire trois vitesses, précarise ou exclut les plus fragiles et particulièrement les jeunes.

 

 

D) La fuite vers l’étranger des jeunes diplômés

 

 

L’enquête annuelle de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres) sur la situation des jeunes diplômés met l’accent sur l’acceptation croissante de la mobilité géographique : 65% des jeunes diplômés sont prêts à changer de pays pour obtenir un emploi qui corresponde à leurs attentes. La plupart de ces jeunes censés composer l’élite française font ce choix parce qu’ils ne trouvent pas de travail correspondant à leur niveau de compétences en France ou parce qu’ils ont envie d’entreprendre mais rencontrent trop de difficultés administratives et financières à créer leur propre entreprise même ci certains dispositifs comme l’autoentrepreneur et l’entreprise individuelle sont en place pour commencer à palier ce problème. Les jeunes interviewés partent dans des pays très divers : Australie, Canada, Etats-Unis, Allemagne, pays de l’Est. Leur but n’est pas de se faire une expérience à l’étranger mais d’y trouver un travail et de s’y construire une vie. La France, ne leur offre plus de perspectives à l’échelle de leurs diplômes alors qu’ils sont accueillis à bras ouverts dans la plupart des pays étrangers justement du fait de ces diplômes. L’enquête annuelle réalisée par le département études et recherches de l’APEC s’appuie sur un échantillon de jeunes diplômés de niveau bac + 4 et plus sortis de l’enseignement supérieur. Comme le montre l’enquête 2008 sur l’insertion des jeunes diplômés, près de 13% des jeunes diplômés interrogés déclarent être en emploi à l’étranger. Le taux de diplômés français 2007 à pratiquer une activité à l’étranger enregistre 1 point de plus par rapport à l’an dernier et 2 points de plus par rapport aux années précédentes. Les diplômés d’HEC sont en moyenne 14% à partir à l’étranger tandis que ceux de Sciences-Po sont en moyenne 12% et le quadruple pour ceux des universités (statistiques obtenues auprès des écoles). Nous menons une enquête actuellement pour les statistiques 2010.

 

a)L’interview d’un diplômé de Sciences-Po   JAN 2011

 

« Qu’avez-vous fait une fois votre diplôme de Sciences-Po en poche ?

 

Naïvement, je pensais qu’avec une licence en droit et mon diplôme de Sciences-po, je n’aurais pas de difficulté à trouver du travail. Je pensais que le fameux « chômage des jeunes » ne me concernait pas. J’ai envoyé des dizaines de CV et de lettres de motivations, mais aucune réponse ou dans le meilleur des cas une réponse négative. J’ai passé une année à chercher et à postuler tous les jours, mais je n’ai rien trouvé.

 

Vous êtes-vous inscrit à l’ANPE ?

 

Au bout de six mois et ne sachant pas vers qui me tourner, j’ai en effet fini par m’y inscrire. J’ai d’ailleurs été reçu très gentiment par une dame qui m’a tout aussi gentiment expliqué que vu mon niveau de diplôme je ne trouverai aucun poste qui me corresponde à l’ANPE et qu’il fallait que j’envoie des candidatures spontanées. Désespérant.

 

A quel moment avez-vous décidé de partir à l’étranger ?

 

C’est précisément au moment où je suis sorti de ce rendez-vous à l’ANPE que j’ai décidé de partir à l’étranger. La France ne voulait pas de moi, eh bien j’irai voir ailleurs.

 

Quel pays avez-vous choisi et pourquoi ?

 

Je suis parti au Canada. J’ai trouvé un emploi à la chambre de commerce. J’ai postulé ; le lendemain ils ont accusé réception de ma candidature. Une semaine après j’ai eu un entretien téléphonique puis un second. Deux semaines après j’étais pris. Surpris par tant d’amabilité et de facilité, j’ai cru que j’avais eu de la chance. Mais, une fois sur place, j’ai rencontré tant de gens pour qui ça s’était passé de la même façon, que j’ai compris que la chance n’avait rien à voir là-dedans. C’est juste une question de système, de dynamisme et d’humanité.

 

Quel regard portez-vous sur la situation de la France ?

 

Je perçois la France comme un pays vieillissant et sans dynamisme. Le paradoxe est que la France dispense une très bonne formation à ses étudiants et que ce sont les pays étrangers qui en profitent. Le système est à repenser. Il n’y a pas de place pour les jeunes diplômés. D’ailleurs sur une dizaine d’amis de Sciences-Po, huit sont actuellement à l’étranger et ont trouvé un emploi correspondant à leur diplôme en moins d’un mois.

Cette « fuite des cerveaux » ne fera que s’amplifier si la France ne se réforme pas. D’ailleurs les étrangers qui viennent faire leurs études en France repartent ensuite chez eux car ces diplômes sont pour eux la garantie d’un emploi. Il n’y a qu’en France qu’on délivre des diplômes qui ne servent à rien en France. ».

 

L’étude a été réalisée par l’association ARJID pour l’emploi des jeunes et l’égalité des chances lors des assises de l’association représentant les jeunes, les chefs d’entreprises, et un club de réflexion universitaire.

le prochain rapport sera publié dans le cadre de nos prochaines assises.

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